Drieu Godefridi et l’insécurité routière : dogmatisme et indécence

Drieu Godefridi et l’insécurité routière : dogmatisme et indécence

Le vendredi 29 novembre 2013, Monsieur Drieu Godefridi s’interrogeait dans «La Libre Belgique» sur ce qu’il appelle “la prolifération des radars”. Habitué des prises de position volontairement provocantes (voire provocatrices), le docteur en philosophie a, cette fois, allégrement franchi les limites de l’indécence en suggérant sans équivoque que le placement de radars relève plus des politiques budgétaires que de la sécurité routière.

Qu’est-ce qui peut pousser une personne réputée pour ses capacités intellectuelles à verser dans le populisme le plus trivial et à « s’interroger » de la sorte lorsqu’un radar est placé à proximité d’une école ? Des trois éléments de réflexion que Monsieur Godefridi avance, seul le premier concerne la sécurité routière. Encore s’agit-il d’une ineptie révélatrice d’une méconnaissance totale du domaine. Les deux autres éléments constituent une charge contre l’Etat. Usant d’un vocabulaire fleuri et de formules alambiquées, le philosophe appelle insidieusement nos concitoyens à la plus grande prudence face à un Etat dépeint comme une sorte d’entité démoniaque dont deux objectifs seraient de pomper l’argent des citoyens et d’instaurer un système de contrôle permanent à grand renfort d’électronique. Mises au service de son dogmatisme antiétatique, les compétences de dialecticien de Drieu Godefridi font mouche, au vu des réactions à sa chronique postées sur le site de La Libre.

Malheureusement, il s’agit bien plus que d’une énième attaque contre l’Etat : le docteur en philosophie colporte cette fois une idée particulièrement dangereuse en matière de sécurité routière lorsqu’il affirme que la sécurité passive des véhicules l’emporterait sur la vitesse en matière de réduction du nombre de victimes sur les routes. Ne lui en déplaise, la réalité des faits est toute autre.

Comme le souligne l’Organisation mondiale de la santé (OMS): « L’énergie déployée dans une collision est fonction de la vitesse au carré, ce qui explique qu’une faible augmentation de la vitesse provoque une augmentation importante du risque de traumatisme »[[Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : Rapport mondial sur la prévention des traumatismes dus aux accidents de la circulation, Genève, 2004.]] Lorsqu’une voiture (et ceci est particulièrement vrai si sa face avant est « carrée », de type 4×4) heurte une personne (et ceci est particulièrement vrai pour les personnes de petite taille, donc les jeunes enfants), c’est comme si celle-ci était projetée contre un mur avec une vitesse équivalente à celle de la voiture au moment de l’impact. C’est la technique que certains utilisent pour se débarrasser de chatons jugés indésirables. Technique monstrueusement efficace, et d’autant plus que l’on frappe fort – ou, dans le cas d’un accident routier, que l’on roule vite.

Sur son site « Road safety»[[http://ec.europa.eu/transport/road_safety/specialist/knowledge/speed/index.htm]], la Commission européenne souligne que « La vitesse est au cœur du problème de la sécurité routière. […] Dans 30% environ des accidents mortels, la vitesse est un facteur essentiel. » Le Conseil européen pour la sécurité routière (ETSC pour European Transport Safety Council) partage cette analyse et relève qu’une diminution modeste de la vitesse moyenne du trafic induit une diminution deux fois plus importante du nombre d’accidents avec blessés, une diminution trois fois plus importante du nombre d’accidents avec blessés graves et une diminution quatre fois plus importante du nombre d’accidents avec tué.[[European Transport Safety Council (ETSC) : Speed fact sheet – German Autobahn: The Speed Limit Debate, 2008.]]

Les adeptes de la vitesse se réfèrent couramment au mythe des autoroutes allemandes pour justifier leurs propres excès. L’ETSC nous ramène à la réalité des faits : sur les sections étant passées du régime sans limite de vitesse au régime avec limite permanente, le nombre d’accidents, de blessés et de tués a fortement diminué. Ainsi, le passage à 130 km/h d’une section de 62 km de l’Autobahn 24 entre Berlin et Hambourg en 2002 a permis de diminuer de 47% le nombre d’accidents avec dommages matériels et/ou corporels et de 58% le nombre de tués (comparaison sur les trois années précédant et les trois années suivant la modification de régime).
Un des principaux défis auxquels sont confrontés les pouvoirs publics en matière d’insécurité routière est le suivant : depuis 2005, alors que le nombre d’occupants de voitures qui décèdent dans les accidents de la route continue à diminuer, le nombre de piétons et de cyclistes tués sur les routes stagne. 108 piétons trouvaient la mort sur les routes belges en 2005 et 111 en 2011.[[IBSR (Institut belge de la sécurité routière) ; Analyse statistique des accidents de la route 2011]] La réduction effective des vitesses est un élément central pour sortir de cette situation intolérable.
Toute remise en cause du bienfondé du contrôle des vitesses – particulièrement aux abords d’écoles – telles celle de Monsieur Godefridi constitue une insulte à la mémoire des victimes et une plaie supplémentaire infligée à leurs proches.

Koen Van Wonterghem et Pierre Courbe, respectivement membres de l’association Parents d’enfants victimes de la route et d’Inter-Environnement Wallonie

Une version raccourcie de cette réaction a été publiée par La Libre Belgique le jeudi 05/12/2013 sous le titre “Non, les radars ne sont pas des pompes à fric!”.

Vous trouverez quelques éléments relatifs aux activités de Drieu Godefridi notamment sur le Wikiberal. Il est co-auteur du pamphlet “Climat, 15 vérités qui dérangent“, le dernier opus des climato-sceptiques. Il a également écrit : Le GIEC est mort, vive la science! (Texquis, 2010). Ses thèses sont fréquemment mises en exergue par le site Contrepoint, le nivellement par le haut, site administré par libéraux.org.

La Pastèque avait également évoqué sa personnalité dans une de ses chroniques, “Climatosceptiques ou libéralocyniques”.

Pierre Courbe

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